LA MUSICA NON È FINITA: MARION CHARLET
« Jamais je ne suis plus actif que lorsque je ne fais rien,
et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même. »
— Caton l’Ancien
Un air lointain… L’écho d’une fête qui s’achève, des fragments de vie en suspens, les amis se sont dispersés, et l’espace ne nous appartient déjà plus tout à fait.
Dans ces peintures, l’architecture devient le lieu d’un rendez-vous avec soi-même : un moment que l’on s’accorde, une rencontre silencieuse entre l’image et celui qui la contemple, mais aussi entre le peintre et le plaisir intime de peindre. À travers ces espaces, le regardeur devient voyageur, à la manière des itinérants du Grand Tour du XIXᵉ siècle, parcourant non pas des villes ou des palais, mais des paysages intérieurs où chaque recoin invite à la rêverie. Ici l’errance n’est plus géographique, elle devient une célébration du dolce far niente.
Ces espaces relèvent d’un retrait volontaire, d’un ralentissement du rythme où l’attention peut enfin se poser — comme dans une chambre à soi. Par leur silence, ils évoquent les cellules d’Absalon, ces architectures minimales pensées comme des espaces de vie radicalement épurés, où la quiétude devient la condition même de l’existence. Sous une lumière presque antonionienne, le sol cesse d’être une simple surface pour devenir une étendue sensible où l’atmosphère de la peinture se diffuse. Les murs n’enferment pas : ils organisent une respiration de l’espace, un moment en apesanteur où la journée bascule doucement vers une temporalité plus calme.
Dans cette suspension discrète, la peinture instaure un moment choisi, où l’espace cesse d’être simplement construit pour devenir pleinement ressenti. Le temps s’y dilate dans un hic et nunc incertain, et l’espace conserve la trace de présences récentes : la paresse d’un moment partagé, le sillage d’un corps qui vient de quitter la scène, sous une lumière nette qui révèle chaque surface.
Il reste un silence ouvert,
comme une respiration dans le temps.
La musique s’est éloignée,
mais elle continue de flotter,
quelque part hors champ.
Texte | Paolo Soave
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