Focus : Marion Charlet

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L’été ne mourra pas
27.06.2021 - 04.09.2021


Marion CHARLET revient à La Patinoire Royale - Galerie Valérie Bach avec une deuxième exposition - focus sur une nouvelle série qui pourrait s’intituler « Images d’un monde flottant » pour paraphraser le terme japonais Ukiyo-e, mouvement artistique japonais de l’époque d’Edo (1603-1868).

Se dégage des aquarelles et des acryliques de cette variation toute récente une curieuse impression de légèreté, de lévitation, de flottement qui caractérise ces figures humaines, corps féminins ou masculins, plus ou moins voilés, qui semblent décoller, voler, sauter, dans de poétiques danses rituelles, en groupe ou en solitaire.

Qui sont ces personnages énigmatiques, sans visages, qui nous tournent le dos, et qui planent en apesanteur dans un univers coloré indéfini, tantôt fond marin, tantôt paradis blanc baigné de soleil ?

Que nous disent-ils, ces spectres mystérieux qui dansent leur vie, affranchis du regard de l’Autre, comme s’ils avaient pris la direction d’une autre dimension, prenant leur envol sans plus la moindre contrainte ? Illustrent-ils cette part inconsciente de nous-même, toujours en embuscade, qui cherche à échapper aux contingences du réel, à la dure consistance du monde, toujours prête à s’échapper vers plus de liberté, de fantaisie, de créativité ?

La très belle exposition « Danser sa vie », commise par Christine Macel et Emma Lavigne à Pompidou en 2011, avait montré avec brio combien la danse avait été, depuis 1900, la source de toutes les avant-gardes, de toutes les inspirations de l’art moderne et contemporain. Comment ne pas voir dans ce focus une réminiscence de cette question qui rappelle, si besoin en était, combien la danse, la transe, sont, de toute éternité, sous toute latitude, l’expression la plus libératoire de l’être humain, une fonction jubilatoire de contestation du code, de déconstruction de la norme, de katharsis individuelle et collective ?

Voilà ce que nous donne à penser cette série éblouissante de Marion Charlet, en cette période où le monde semble revenir à la vie, après l’épisode cauchemardesque de la pandémie… jusqu’à nouvel ordre. Cette contrainte sanitaire terrifie autant qu’elle asservit. L’artiste se saisit de nos peurs et de nos conditionnements en les congédiant, en les exorcisant dans ces compositions colorées qui chantent la joie retrouvée, l’insouciance et le rêve de vacances enfin retrouvées.

A revoir les précédents tableaux de Marion Charlet, qui plongeaient le spectateur dans la perplexité d’une vision extatique et statique de réalités architecturales acidulées, fixes et lumineuses, structurées par une composition perspective autoritaire, surexposées en plein midi sous un soleil floridien, criant le silence assourdissant d’espaces inhabités, nous voici immergés, saisissant contraste, dans un univers d’émouvante mouvance, où le décor synthétique des compositions architecturées semble s’être imprimé sur le textile fluide et soyeux d’un sarreau volant au vent, traversé par la lumière, projetant des ombres bleutées sur un sol sans réalité, dansant au son d’une musique envoûtante.

Espace corridor 


VUES DE L'EXPOSITION

SÉLECTION D'ŒUVRES EXPOSÉES